Avoir le courage de ne pas être aimé

Livre de Ichiro Kishimi et Fumitake Koga

Pourquoi un livre nous tombe sous la main et pas un autre, c’est toujours un mystère …

Sous la forme d’un dialogue, les deux auteurs rappellent les bases de la psychologie selon Adler. Ce dernier était le 3ème homme, après Freud et Jung. Curieusement, son nom n’a pas pris la même place que ceux de ses deux confrères. Cette approche de la psychologie, que les auteurs inscrivent dans la lignée de la philosophie grecque, met en avant la responsabilité de chacun, le caractère essentiel de nos relations comme vecteurs de croissance, l’importance de passer de relations verticales à des relations horizontales, l’impact du besoin de reconnaissance dans notre perte de liberté … Bref, elle apparaît particulièrement moderne et adapté au monde actuel, que ce soit dans le domaine personnel ou dans la sphère professionnelle. Nous pourrions même affirmer que la psychologie selon Adler est à la source de tout le courant du développement personnel qui pose l’individu libre et responsable de sa vie (beaucoup de traditions spirituelles en font autant ..). De même, les notions de responsabilité, de “bonheur”, de relations horizontales sont au cœur des transformations de bon nombre d’entreprises, qui souhaitent se libérer des modèles traditionnels.

Si son nom n’est pas passé à la postérité autant que ceux de Jung ou de Freud, c’est qu’il y a quelques idées qui peuvent déranger :

–      Un présupposé de base hors norme : le monde est simple, la vie est simple également. S’il est compliqué, c’est que nous le rendons compliqué.

–      Le bonheur est à la portée de chacun

–      Le passé n’a aucune importance : c’est une approche fondée sur la téléologie (étude de la finalité) plutôt que sur l’étiologie (étude de la causalité).

–      Les traumatismes n’existent pas : nous choisissons à chaque instant comment nous voulons vivre notre vie. Dans la même veine, le mal de vivre est quelque chose que l’on choisit.

–      Chacun peut changer n’importe quand, quel que soit l’environnement dans lequel il est. Lorsqu’il n’est pas capable de changer, c’est seulement qu’il prend la décision de ne pas changer.

–      Tous les problèmes sont des problèmes de relations interpersonnelles : complexe d’infériorité, complexe de supériorité, rivalités et compétition, besoin de reconnaissance …

–      Il n’est pas nécessaire d’être reconnu par les autres.

–      « Le sentiment d’appartenance est quelque chose que l’on ne peut acquérir qu’en s’engageant activement et spontanément envers la communauté, et non en se contentant d’être là. »

Dans le fond, la psychologie d’Adler nous pose quelques questions simples :

–      Sommes-nous prêts à envisager les autres comme des camarades et non comme des risques potentiels ?

–      Sommes-nous prêts à assumer les trois « tâches de la vie » : travail, amitié, amour ? Et ne pas tomber dans le « mensonge vital », celui qui rejette sur les autres ce qui nous arrive ?

–      Sommes-nous prêts à assumer totalement la responsabilité de notre vie ?

–      Décidons-nous d’être heureux ? 

–      Avons-nous le courage d’assumer cette décision en nous libérant du besoin de reconnaissance ?

–      Que sommes-nous prêts à faire pour la communauté ?

“Le courage d’être heureux englobe aussi le courage de déplaire. Lorsque tu auras atteint ce courage, tes relations interpersonnelles s’en trouveront instantanément allégées. “

“C’est à l’individu d’assigner un sens à la vie, quel qu’il soit “.

Psychologie, voire philosophie exigeante mais qui nous invite à reprendre notre place d’être humain libre de choisir, face à nos responsabilités professionnelles et personnelles.

« Avoir le courage de ne pas être aimé », de Ichiro Kishimi et Fumitake Koga, éditions Gyu Trédaniel.

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