Accompagner par temps de crise

L’accompagnant – coach, psychothérapeute, soignant … – est habitué aux crises : c’est même le fondement de son activité. Il a en général lui-même vécu de nombreuses crises et douleurs, qui ont fait le lit de sa propre vocation ; et son expérience “clinique”, individuelle ou collective, personnelle ou professionnelle, s’inscrit la plupart du temps dans l’accompagnement à la sortie de crise de son client ou patient. L’accompagnant est (en général) formé et préparé à cela : il a de la technique (écoute, questionnements, processus …) et le travail solide et permanent sur lui-même lui permet de faire face à toutes les émotions, dans toutes leurs intensités, en restant dans des frontières saines.

Ce qui est singulier dans la période – en tout cas sous nos latitudes – , c’est la simultanéité de la crise pour tous. Et cette simultanéité accroît l’exigence. L’accompagnant vit la crise et ses conséquences en même temps que la personne qu’il accompagne : le risque sanitaire pour lui et ceux qu’il aime, le chagrin de la perte parfois, les conséquences personnelles du confinement, l’effondrement économique … Les peurs les plus archaïques peuvent être réactivées pour lui aussi, les angoisses sur l’avenir exacerbées. Comment alors être un appui solide pour accompagner les entrepreneurs et les dirigeants dans la crise actuelle ?

Plusieurs dimensions me semblent devoir être profondément actives chez l’accompagnant en ces temps de crise collective :

  1. Le centrage solide : rester centré au coeur de lui-même, dans le lieu intime où il puise confiance et courage, est sans doute la ressource la plus essentielle pour l’accompagnant. Quels que soient les vents et leurs violences, il dispose d’un endroit où il trouve l’abri, la source inépuisable d’énergie à laquelle il se connecte pour être une ressource pour la personne qu’il accompagne. Paradoxalement, ce centrage est possible dans le consentement total à ce qui arrive. Le consentement n’est pas la résignation : c’est l’acceptation de ce qui est et sur lequel il n’a pas prise, et le refus ferme d’y perdre de l’énergie. Si, en tant qu’accompagnant, je n’ai pas cette confiance, cette solidité profonde, ma responsabilité aujourd’hui est de “rester chez moi”, de me retenir d’accompagner.
  2. La compassion profonde, face aux personnes qui souffrent, sans aucun jugement, quelle que soit la nature de leur souffrance. La plupart des entrepreneurs et dirigeants voient aujourd’hui des années de travail, d’engagement, d’investissements, et parfois de sacrifices personnels être remis en jeu voire balayées par la vague, sans aucune idée de ce qui restera “derrière”. Ils voient leurs entreprises, construites et développées avec des collaborateurs engagés, être fragilisées et questionnées dans leur pérennité. Ceux avec lesquels j’ai échangé à ce stade portent seuls une responsabilité immense, celle de prendre rapidement les décisions les plus justes pour l’entreprise et les salariés, en attrapant les messages et informations délivrées jour après jour par les autorités. Ils vivent de grandes satisfactions avec leurs équipes, souvent, en constatant la solidarité, l’engagement et la compréhension. Ils vivent aussi de grandes déceptions en constatant parfois des comportements individualistes de la part de certains. La crise agit comme un révélateur immédiat des valeurs profondes de chacun et ce qui était latent apparaît brutalement. Bref ces femmes, ces hommes sont mobilisés à tous niveaux : mental, opérationnel, affectif, voire spirituel quand s’ajoute la question du sens. L’accompagnant doit être capable de se mettre sincèrement en lien avec ces dirigeants : les rencontrer, les accueillir dans leurs bouleversements, avec le coeur et la tête, mais à la juste distance. Celle qui lui permettra de les guider vers leur propre refuge, là où ils reprendront pied et souffle.
  3. Le confort réel face à l’impuissance à agir : l’accompagnant et son “client” sont deux êtres humains en chemin. L’accompagnant, par la distance juste qu’il a avec la situation, voit un peu plus clair, plus large, plus loin ; il peut accueillir et questionner. Il n’est pas là pour réconforter, consoler, rassurer, conseiller. Son apport principal, me semble-t-il, est de témoigner qu’il est possible de rester vertical, agissant, puissant même dans l’incertitude quotidienne ; et d’accompagner le leader, le moment venu, à agir de façon juste là où peuvent s’exercer sa responsabilité et son influence, sans s’épuiser.
  4. Enfin des compétences techniques larges, mobilisables avec souplesse : savoir écouter la personne et le problème, savoir passer du professionnel au personnel, naviguer avec aisance entre l’individu et le système, aider à faire le tri, à formuler des objectifs adaptés à la situation, aider au deuil, accompagner au discernement … autant de compétences nécessaires pour permettre à la personne accompagnée de se remettre en lien avec toutes ses ressources personnelles, professionnelles. C’est par ce chemin que la personne retrouvera sa capacité à agir en conscience et sortira d’une position “subie”, si inconfortable pour tout entrepreneur.

Ainsi, accompagner par temps de crise mobilise non seulement une boîte à outils techniques ou une expérience professionnelle ; c’est tout l’être de l’accompagnant qui est interpellé, dans sa souple solidité face aux événements. Et c’est la connaissance intime, tendre, familière de sa propre vulnérabilité, qui donne à l’accompagnant sa foi immense dans la capacité de restauration de chacun, quels que soient les événements.

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